Père Janvier : origine, étrennes et traditions

Il était une fois… Le Père Janvier

Qui est le Père Janvier ?

Le Père Janvier est un personnage traditionnel de l’hiver, autrefois chargé d’apporter les étrennes du Nouvel An aux enfants dans certaines régions françaises, principalement en Bourgogne, avec des traditions bien attestées dans le Mâconnais, le Nivernais et le Morvan.

Mais que sont exactement les étrennes ? Le mot vient du latin strena, qui désignait un présage favorable puis un présent offert comme signe de bon augure. Dès le Moyen Âge, le français estrenes désigne les cadeaux offerts à l’occasion du premier jour de l’année. Les étrennes étaient donc bien davantage que de simples cadeaux : elles accompagnaient symboliquement l’entrée dans une nouvelle année.

Le Père Janvier qui accompagne chaque jour du mois de janvier.

Le Père Janvier ne venait pas dans la nuit de Noël. Les enfants l’attendaient du 31 décembre au 1er janvier. Le soir, ils plaçaient leurs sabots ou leurs souliers près de la cheminée et pouvaient y découvrir au matin des friandises, de petits cadeaux ou parfois de l’argent.

Gabriel Jeanton, Le Mâconnais traditionaliste et populaire – Fêtes du terroir et coutumes du foyer, 1922, p. 11. Source : Gallica/BnF.
Gabriel Jeanton, Le Mâconnais traditionaliste et populaire – Fêtes du terroir et coutumes du foyer, 1922, p. 11. Source : Gallica/BnF.
Le Bonhomme Janvier dans la Revue du Nivernais, septembre 1909.
Le Bonhomme Janvier dans la Revue du Nivernais, septembre 1909. L’auteur, Joseph Voisin, y décrit le Père Janvier comme un « vieillard bon enfant » qui apporte des cadeaux aux enfants le premier jour de l’année.
Source : Archives départementales de la Nièvre.

Un ouvrage consacré aux traditions du Mâconnais, publié au début du XXe siècle, le décrit comme un personnage légendaire, vieux et barbu, chargé de déposer ces présents. À Cluny, il était même connu sous un nom particulier : Janvier Gregui.

Il serait toutefois trompeur d’en faire simplement un « ancien Père Noël ». Le Père Janvier appartient au Jour de l’An et aux étrennes, tandis que d’autres régions possédaient leurs propres figures hivernales.

Dans les régions savoyardes et dauphinoises ainsi qu’autour de Genève, les enfants connaissaient ainsi le Père Chalande, personnage lié à Noël — chalande étant précisément l’un des anciens noms de Noël dans l’aire arpitanophone.

Plus au nord et à l’est, c’est saint Nicolas qui occupait, et occupe encore dans de nombreux endroits, une place majeure auprès des enfants autour du 6 décembre. Sa tradition reste particulièrement vivante en Lorraine et en Alsace, mais également dans les Hauts-de-France et dans certaines parties de la Bourgogne-Franche-Comté.

Ces personnages peuvent se ressembler — vieillard barbu, friandises ou cadeaux, visite aux enfants pendant l’hiver — mais ils ne doivent pas être confondus. Ils appartiennent à des calendriers, des territoires et des traditions différentes.

Et contrairement à notre Père Noël moderne, l’apparence du Père Janvier ne semble pas avoir été fixée par une iconographie unique. Ce que les sources anciennes permettent d’affirmer avec le plus de sûreté est beaucoup plus simple : c’était un vieux personnage barbu, mystérieux, que l’on ne voyait pas arriver, mais dont on découvrait les présents au matin du premier janvier.

Le Père Janvier appartient donc à cette ancienne géographie des personnages hivernaux qui variaient d’une région à l’autre. Mais depuis quand les enfants l’attendaient-ils au Nouvel An ? Où cette tradition est-elle née, et jusqu’où peut-on réellement la faire remonter ?

C’est ce que permettent d’examiner les traces laissées par les traditions populaires et les témoignages anciens.

D’où vient le Père Janvier ?

Impossible, aujourd’hui, de désigner avec certitude le lieu ou la date de naissance du Père Janvier.

Lorsque les folkloristes commencent à recueillir les traditions populaires à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, le personnage existe déjà dans plusieurs territoires. Ils décrivent une coutume connue des familles, mais ne racontent pas sa création. le Père Janvier appartient déjà à la mémoire collective.

C’est d’ailleurs l’une des difficultés — et l’un des charmes — de ces traditions transmises oralement. Elles voyageaient d’une famille à l’autre, d’un village à l’autre, se transformant parfois au passage. Un nom changeait, un détail s’ajoutait, une manière différente d’attendre les étrennes apparaissait.

Il est donc difficile de parler d’une origine unique. Le Père Janvier semble plutôt être né de vieilles coutumes du Nouvel An, à une époque où le premier jour de l’année occupait une place importante dans la vie familiale et dans l’échange des présents.

Son histoire commence ainsi moins par une date précise que par une coutume : celle de souhaiter que l’année nouvelle soit heureuse… et de l’accompagner d’un présent.

lithographie d’Achille Devéria, Les Étrennes, vers 1832, conservée au musée Carnavalet

Que faisait le Père Janvier ?

Le Père Janvier n’était qu’un moment d’une fête plus large : celle du premier jour de l’année.

Après la découverte des présents laissés pendant la nuit, la journée était consacrée aux vœux. On allait souhaiter la bonne année à la famille et aux proches, et les enfants pouvaient recevoir à cette occasion d’autres petites étrennes : quelques pièces, des friandises ou de modestes cadeaux.

Le Père Janvier faisait ainsi partie d’un ensemble de coutumes où se mêlaient l’attente des enfants, les visites familiales et les souhaits de bonheur pour l’année qui commençait. Selon les lieux, les usages variaient : ici des sabots, ailleurs des souliers ou même un bas suspendu près de la cheminée ; ici le Père Janvier, ailleurs un personnage portant un autre nom.

Ce qui comptait était moins la valeur du présent que le geste lui-même : commencer l’année en donnant, en souhaitant et en partageant.

Père Janvier ou Père Fouettard ? Une interprétation inspirée des anciennes images populaires d’hiver.

Le Père Janvier n’était pas toujours seul. Dans certaines traditions, il était accompagné du Père Fouettard, chargé de rappeler à l’ordre les enfants qui n’avaient pas été sages. À la place des étrennes, celui-ci pouvait brandir la menace du martinet, objet de punition encore bien connu des enfants français jusque dans la seconde moitié du XXᵉ siècle. Certaines cartes postales anciennes jouent d’ailleurs sur cette ambiguïté entre le bon vieillard distributeur de cadeaux et son inquiétant compagnon.


Pendant longtemps, le Nouvel An occupa ainsi une place beaucoup plus importante qu’aujourd’hui dans la distribution des cadeaux. Puis, peu à peu, une autre date allait attirer vers elle les présents, l’attente des enfants… et finalement leur mystérieux visiteur.

Noël était en train de prendre le dessus.

Le Père Janvier a presque disparu de nos habitudes, mais le monde auquel il appartenait n’a pas entièrement disparu avec lui.

Nous continuons à nous souhaiter « bonne année », à échanger des vœux de santé, de bonheur ou de réussite, et la tradition française admet volontiers que ces vœux puissent être formulés pendant tout le mois de janvier.

Autrement dit, le vieux personnage s’est effacé, mais une partie de ce qu’il incarnait demeure encore : ouvrir l’année par des souhaits de bonheur adressés aux autres.

Ce qui a changé surtout, c’est la place des cadeaux. Peu à peu, ils ont quitté le Nouvel An pour se concentrer autour de Noël. Et avec eux, le Père Janvier a perdu une grande partie de sa raison d’être.

Pourquoi le Père Janvier a-t-il presque disparu ?

Le Père Janvier n’a pas disparu du jour au lendemain. Il a plutôt été déplacé peu à peu par une nouvelle façon de célébrer les fêtes de fin d’année.

Pendant longtemps, les cadeaux pouvaient être distribués à différentes dates selon les régions : à la Saint-Nicolas, à Noël ou au Nouvel An. Mais au cours du XIXᵉ siècle, Noël prend une importance croissante comme fête familiale centrée sur les enfants. L’habitude d’offrir les présents le 25 décembre se développe alors progressivement, notamment dans les milieux urbains et aisés.

Dans les grands magasins, apparus dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, jouets, vitrines et catalogues participent eux aussi à cette nouvelle mise en scène de Noël. Et avec les cadeaux arrive naturellement celui qui va devenir leur grand messager : le Père Noël.

Au XXᵉ siècle, et plus encore après la Seconde Guerre mondiale, son image se diffuse très largement en France. La nuit du 24 au 25 décembre devient progressivement le grand moment attendu par les enfants pour découvrir leurs cadeaux.

Le Père Janvier perd alors peu à peu sa fonction. Pourquoi attendre le 1ᵉʳ janvier un autre distributeur de présents lorsque ceux-ci sont désormais arrivés quelques jours auparavant au pied du sapin ?

Mais janvier n’a pas pour autant perdu ses traditions.

Nous continuons à nous souhaiter bonne année, bonne santé, bonheur ou réussite. Les étrennes elles-mêmes n’ont pas complètement disparu : le mot désigne toujours les gratifications offertes à l’occasion du Nouvel An.

Ainsi, le Père Janvier s’est presque effacé de notre imaginaire, tandis qu’une partie du rituel auquel il appartenait est restée bien vivante.

Nous avons oublié le vieux monsieur… mais peut-être n’a-t-il pas dit son dernier mot.

Existe-t-il des « Pères Janvier » ailleurs dans le monde ?

Le Père Janvier n’a pas véritablement de jumeau. Mais il n’est pas le seul personnage à montrer que les cadeaux des enfants n’ont pas toujours été liés au 25 décembre.

En Grèce, par exemple, les enfants reçoivent traditionnellement leurs cadeaux le 1er janvier, jour de la Saint-Basile. Saint Basile occupe ainsi dans les fêtes grecques une place qui rappelle, par la date et par sa fonction, celle de notre Père Janvier — même si les deux traditions ont des origines différentes.

En Italie, il faut patienter un peu plus longtemps. Dans la nuit du 5 au 6 janvier, la Befana, une vieille femme voyageant sur son balai, remplit les chaussettes des enfants de friandises… ou de charbon pour les moins sages. Là encore, il ne s’agit pas d’une « version italienne » du Père Janvier, mais d’une autre manière de confier à un personnage merveilleux les derniers cadeaux de la période des fêtes.

En Russie, Ded Moroz, le « Grand-Père Gel », apporte traditionnellement les cadeaux autour du Nouvel An, accompagné de Snegourotchka, la Fille des neiges. Ici, le rapprochement avec le Père Janvier est particulièrement amusant : dans les deux cas, le personnage est davantage lié à la nouvelle année qu’à la nuit de Noël.

Et beaucoup plus loin, au Japon, il n’existe pas de Père Janvier chargé de distribuer les cadeaux. Pourtant, les enfants attendent eux aussi le Nouvel An avec impatience : ils peuvent recevoir l’otoshidama, de l’argent offert par les parents et les proches, généralement glissé dans de petites enveloppes. Une tradition différente, mais où l’on retrouve cette vieille idée d’offrir quelque chose au commencement de l’année.

D’un pays à l’autre, les personnages, les dates et les croyances changent donc. Mais une idée voyage étonnamment bien : commencer l’année par un cadeau, un geste généreux ou un souhait de bonheur.

Le Père Janvier dans le Pays de Noël Geriòu-Levriòu

Au Pays de Noël des Éditions Geriòu-Levriòu, nous avons choisi de rouvrir la porte au Père Janvier.

Non pas pour inventer de toutes pièces une tradition qui n’aurait jamais existé, mais pour faire revivre ce personnage oublié et lui imaginer une place dans notre univers.

Car après le tumulte de décembre et la grande nuit du Père Noël vient janvier : le temps des vœux, des nouveaux départs et de l’année encore toute neuve.

Dans le Pays de Noël, le Père Janvier reprend donc son chemin. Chaque mois de janvier, il vient y déposer ses pensées : quelques mots pour accompagner l’hiver, le commencement d’une nouvelle année et ces petits moments où l’on prend le temps de regarder autrement ce qui nous entoure.

Peut-être, finalement, le vieux monsieur n’avait-il jamais vraiment disparu.
Il attendait simplement qu’on se souvienne de lui.

🐾 À Cluny, le Père Janvier changeait de nom ! On l’appelait Janvier Gregui, et une tradition racontait qu’il préparait ses sacs de bonbons sur le toit de l’église Notre-Dame.

🐾 Dans certains villages, on ne déposait pas forcément des sabots devant la cheminée : à Sermoyer, on suspendait un bas, et le personnage était appelé Parrain Zeugni, « le parrain aux étrennes »

🐾 Les petits Grecs ont une bonne raison d’attendre le 1er janvier : c’est traditionnellement ce jour-là qu’ils reçoivent leurs cadeaux, à la Saint-Basile.

🐾 Au Japon, pas de vieux monsieur barbu : les enfants peuvent recevoir au Nouvel An de petites enveloppes contenant de l’argent. Elles s’appellent otoshidama.

🐾 Le savais-tu ? Une carte postale de 1930 montre un personnage intitulé « Père Janvier ou Père Fouettard ? ». Preuve qu’autrefois, le vieux visiteur du Nouvel An pouvait être vu à la fois comme le personnage qui apportait les étrennes qui pouvait aussi avoir un visage beaucoup moins rassurant pour les enfants désobéissants.

FAQ – Tout savoir sur le Père Janvier

Quand passe le Père Janvier ?

Traditionnellement, le Père Janvier passe dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Les enfants découvrent leurs étrennes au matin du Jour de l’An.

Le Père Janvier et le Père Noël sont-ils le même personnage ?

Non. Ils remplissent une fonction comparable en apportant des présents aux enfants, mais le Père Janvier appartient aux traditions du Nouvel An, tandis que le Père Noël est associé à la nuit du 24 au 25 décembre.

Dans quelles régions connaissait-on le Père Janvier ?

Les traditions les mieux documentées se trouvent notamment en Bourgogne, dans le Mâconnais, le Nivernais et le Morvan, avec différentes variantes locales.

Le Père Janvier existe-t-il encore aujourd’hui ?

La tradition a presque disparu au cours du XXe siècle lorsque les cadeaux se sont progressivement concentrés autour de Noël.

Mais son souvenir demeure dans le patrimoine régional et dans les récits consacrés aux anciennes coutumes du Nouvel An.

Et désormais, il a aussi retrouvé une maison au Pays de Noël des Éditions Geriòu-Levriòu.

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